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Vivre et célébrer

Homélie du 6ème dimanche de Pâques, 10 Mai 2015

Publié le 12/05/2015

Les lectures d’aujourd’hui sont un piège. Il nous est facile de les entendre en pensant : « Aimons-nous les uns les autres ! » Je connais. Je sais que c’est important. Je m’y essaye autant que faire se peut. Mais ce n’est pas si simple que ça. Il n’y a rien à faire ! Pas simple ! Même avec le conjoint avec lequel je vis depuis 10 ans, 25 ans, cinquante ans. Pas simple même avec ses propres enfants ou ses collègues de travail. Les incompréhensions, les rivalités, les bagarres, ça existe. Alors penser qu’on peut aimer sur commande, ça paraît un peu utopique… comme souvent la foi chrétienne. D’ailleurs Jésus le dit : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». C’est grand. Très grand. Lui, l’a fait en offrant sa vie sur la croix. D’autres l’ont fait à sa suite. D’accord, ça m’inspire. Ça guide ma manière de vivre. Ça résonne parfois comme une invitation à dépasser les a priori, et même à aimer ses ennemis. A pardonner. Mais vraiment aimer, ça ne se commande pas. Ça nous implique tout entier corps et âme, sentiments et passions bien plus que la volonté ou la raison. Alors, Jésus s’est-il trompé. Son commandement est-il valable seulement pour l’éducation des enfants, le caté. Peut-on accueillir sa demande en vérité quand on a un peu vécu ? Quand on sait que l’indifférence l’emporte souvent sur l’attention à l’autre, la violence sur la paix, l’hostilité sur l’accueil de l’autre, surtout quand il est perçu comme différent de nous.

Nous pourrions en rester là. Rêver un instant et revenir à la réalité un peu désabusé. Nous aurions loupé le rendez-vous avec le Seigneur ressuscité. Ce serait vraiment dommage. Alors, écoutons de nouveau. Ouvrons les oreilles de notre cœur ! Laissons la Parole de Dieu nous toucher au plus profond de nous-mêmes.

Rappelons-nous d’abord ce que veut dire commandement : non pas un ordre, un impératif de type militaire auquel il faudrait se soumettre et exécuter sans discuter. Ce mot commandement, pour un lecteur de la Bible a une saveur particulière. Les dix commandements, les dix paroles comme on traduit parfois, sont des balises sur un chemin de vie. Il en est de même des autres commandements de Dieu. Autant de suggestions pour aller de l’avant. Pour vivre en conformité avec l’alliance que Dieu a conclue avec son peuple. Pour marcher sur les voies de la justice et de la paix. « Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi j’ai gardé les commandements de mon père, et je demeure dans son amour. » Déjà, nous comprenons mieux : commandement, ça va avec amour, avec alliance. L’enjeu des commandements, c’est demeurer dans l’amour de Dieu, de vivre vraiment avec le Christ.

Et au fond, n’est-ce pas cela qui nous différencie des non croyants, de ceux qui ne mettent pas leur espérance dans le Christ ressuscité ? Garder les commandements, s’aimer les uns les autres comme Jésus nous a aimés : Ne serait-ce pas grandir dans l’intimité avec lui ? Ne serait-ce pas devenir ses amis ; entrer avec lui dans une relation de confiance envers le Père ? « Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs… je vous appelle amis ». Ça ouvre des perspectives. Vous ne trouvez pas ? Le commandement dont il s’agit, n’est-ce pas au fond l’essentiel de la vie du Christ qui nous est offert en partage ? L’enjeu, c’est davantage encore que de bien vivre. L’enjeu, c’est vivre de la vie de Dieu, de donner du fruit en étant greffé sur la vigne du Seigneur. C’est d’être en communion avec Jésus et de recevoir comme lui la puissance d’amour du Père : Cette puissance d’amour qui a ressuscité Jésus d’entre les morts. Cette puissance d’amour et de miséricorde qui nous libère du péché et nous ouvre à la vie éternelle. Cette puissance d’amour et de miséricorde qui déjà transfigure nos vies et nourrit notre espérance.

Alors, je comprends mieux cette phrase de Jésus qui pouvait sembler excessive : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite. » Cette joie, c’est la joie du don reçu, la joie de l’amour de Dieu répandu dans nos cœurs, la joie de l’Esprit que nous fêterons à la Pentecôte, mais que Jésus répand sur les apôtres dès sa première apparition le soir de Pâques. C’est de cet Esprit que nous pouvons vivre, si nous le voulons. C’est cet Esprit Saint qui nous permettra d’aimer comme Jésus nous le demande. C’est ce même Esprit qui nous permettra de prier en vérité, en laissant de côté nos préoccupations immédiates pour entrer dans les vues de Dieu, désirer sa volonté, vouloir la venue de son Règne. Alors, comme Jésus nous l’a promis : « Tout ce que vous demanderez en mon nom, il vous le donnera. » Quelle audace ! Quelle promesse ! Nous comprenons qu’elle se réalisera si vraiment nous vivons de la vie de Dieu, si vraiment nous aimons comme Jésus. Alors si nos demandes sont motivées par l’amour, pourquoi donc resteraient-elles sans réponse ? Saint Jean ne l’affirme-t-il pas autrement dans sa première lettre : « Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu ».

Frères et sœurs. J’espère que ce bref parcours dans la Parole de Dieu de ce jour vous a convaincu que décidément, «  aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » est une invitation qui a du souffle, une invitation qui bouscule nos perspectives étroites et nous conduit à désirer vivre de la vie de Dieu. Saint Pierre à Césarée en a fait les frais, lui qui a été débordé par l’audace de Dieu qui répand son Esprit sur les païens comme sur les juifs d’origine, lui qui ouvre son amour à tous les hommes sans distinction. Que ce même Esprit Saint descende sur nous et sur notre Eglise diocésaine appelée à renouveler son dynamisme missionnaire dans les suites du synode provincial ! Que ce même Esprit Saint descende sur notre paroisse et chacun de nous. Amen !

Père Bruno Cazin, président-recteur délégué de l’Université Catholique de Lille

 

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