Accueil > Vivre et célébrer > Homélie du mercredi saint 2015

Vivre et célébrer

Homélie du mercredi saint 2015

Publié le 07/04/2015

Homélie du mercredi saint 2015. Chapelle Albert le Grand. Aumônerie des étudiants de l’Université Catholique de Lille

A la veille de la célébration de la Cène, nous voici confrontés avec les apôtres à la trahison de Judas et plus largement au mystère du mal qui si souvent semble l’emporter. « L’un de vous va me livrer. » On comprend la tristesse des apôtres et leur interrogation anxieuse : « Serait-ce moi Seigneur ? » Ont-ils vraiment la conscience tranquille ou se savent-ils, à ce point, faibles qu’ils pourraient trahir eux aussi. D’ailleurs, Pierre reniera, les autres s’enfuiront pour ne pas être emportés dans la violence qui se déferle contre leur maître. Judas sera identifié par Jésus et maudit. A-t-il décidé en toute liberté de le livrer ? Est-il simplement un instrument des grands prêtres, un homme intéressé, en attente de profit ? C’est-il seulement laissé acheter pour trente pièces d’argent comme le suggère l’Evangile ? Le long compagnonnage avec Jésus n’a-t-il donc servi à rien ? Il y aurait de quoi le penser et en toute humilité reconnaitre que rien n’est jamais acquis, que notre amitié pour le Christ Jésus peut s’effacer lors que le démon rusé nous suggère que notre intérêt est ailleurs que dans une fréquentation risquée. Lorsque le diable nous fait rompre l’alliance librement consentie avec Celui qui vient de la part du Seigneur.

Car soyons réalistes. Judas ou pas, la situation était devenue très critique pour Jésus. L’opposition envers lui n’a fait que croître. Jésus lui-même l’a compris qui ne cherche plus à se cacher. Il a assumé sa mort prochaine. Il l’a annoncée déjà à plusieurs reprises et à chaque fois les apôtres ont eu des réactions décalées : Pierre veut épargner Jésus, ils se disputent pour savoir qui est le plus grand, La mère des fils de Zébédée demande une bonne place pour ses fils dans le Royaume. Réactions normales d’hommes qui veulent sauver leur peau et pensent à leur avenir. Logique quand on ne peut compter que sur soi, quand il faut se battre pour s’en sortir, comme on nous le dit si souvent. N’est-ce pas la condition de la réussite. Judas, on le sait ne se remettra pas de sa lâcheté. Pris de remords, il rendra l’argent mal gagné et se pendra. Mais au-delà de la figure de Judas, interrogeons sur notre propre fidélité au Christ. Sommes-nous prêts comme Jésus le demande à prendre notre croix et à le suivre ? Sommes-nous prêts à perdre notre vie pour la garder comme Jésus nous y invite ou voulons-nous absolument la garder pour la perdre ?

Qu’est-ce à dire ? Ne nous méprenons pas, alors que nous apprêtons à suivre Jésus dans l’offrande de sa vie, dans sa passion et sa mort sur la croix. Il ne s’agit nullement de faire l’apologie de la souffrance, de lui décerner une quelconque valeur en soi. Marie-Christine le sait bien qui accompagne des malades comme aumônier d’hôpital depuis des années. La souffrance n’a pas de valeur en soi, pas de sens non plus. Pas d’explication le plus souvent. Mais la souffrance dépouille. Elle dénude. Elle appelle à l’essentiel, comme l’aumône, le jeûne et la prière. La souffrance peut accabler, enfermer, angoisser au point de bloquer toute ouverture aux autres et à Dieu. Mais celui qui souffre évolue. Il élague, va à l’essentiel. Il assume sa fragilité et recourt aux autres. Dans son malheur, il découvre la bienveillance de ceux qui le soignent ou l’entourent de leur affection. Paradoxalement, il peut grandir, grandir en vérité, humblement, sans faire de bruit… et il peut se surprendre à prier. Il peut renouer avec la confiance. Alors, comme Jésus à Gethsémani, mais souvent de façon moins rapide et spectaculaire, il peut laisser échapper : «  non pas ma volonté, mais la tienne. »

Frères et sœurs, ce qui se joue durant la semaine sainte, ce qui concerne Jésus dans sa passion et sa résurrection nous concerne tous. Ce qui est en jeu, c’est ni plus, ni moins que la salut de l’humanité, l’avenir que Dieu nous offre en son Fils, l’avenir qui s’ouvre lorsque, comme Jésus, nous ne sommes pas crispés sur la défense de nos intérêts, mais accueillants à la miséricorde de Dieu, disposés à nous laisser toucher par lui pour naître à la vie nouvelle.

Prions les uns pour les autres. Prions pour Marie-Christine qui a demandé à recevoir le sacrement des malades au milieu de notre communauté étudiante qu’elle rejoint très souvent pour l’eucharistie matinale. Prions pour que nous puissions les uns et les autres accueillir la grâce de Dieu qui nous fait passer avec Jésus de la mort à la vie. Amen.

Père Bruno CAZIN, président-recteur délégué

 

texte à télécharger

 

 


Aucun tag pour cet article
0 commentaires sur Homélie du mercredi saint 2015

Laisser un commentaire


Les commentaires sont désactivés pour cet article
Vidéo Cathocité