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Vivre et célébrer

Homélie de la Toussaint 2014 Lambersart Saint Calixte

Publié le 03/11/2014

Il n’est pas rare d’entendre : « On ne sait pas où on va ! » L’inquiétude quant à l’avenir concerne le climat économique morose, les tensions internationales mais aussi les évolutions sociales et sociétales. Aussi assez souvent nos interlocuteurs concluent : mieux vaut profiter maintenant. On ne sait pas ce dont demain sera fait !

Cette posture si fréquente n’est pas sans interroger profondément notre espérance chrétienne et la promesse de bonheur du Christ. Entre profiter aujourd’hui et espérer demain, nous n’hésitons pas beaucoup. « Un tien vaut mieux que deux tu l’auras » dit la sagesse populaire. Les invitations au bien-être ici et maintenant se déclinent de mille façons de même que les appels au carpe diem. Il n’est guère possible d’annoncer des lendemains qui chantent, et la foi dans le progrès est largement entamée par les craintes à propos du réchauffement climatique ou les menaces que les nouvelles technologies font peser sur notre liberté. Ce jugement diffus affleure dans nos conversations. Il n’échappe pas aux plus jeunes parfois désabusés et peut alimenter des comportements de fuite, des consommations excessives d’alcool et de drogues, et plus largement un appétit de jouissance immédiate qui permet d’esquiver l’angoisse de l’avenir.  

Comment accueillir les béatitudes dans ce contexte, sans prêter le flanc à la critique d’une espérance chrétienne qui justifierait la souffrance actuelle pour mieux mettre en valeur le bonheur futur. Hélas, on trouverait bien des exemples de prédication chrétienne qui cautionnaient pauvreté et injustice et invitaient à attendre passivement le paradis dans l’au-delà.

La dynamique des béatitudes est tout autre. Elles se déclinent tout à la fois au présent et au futur. Elles désignent un bonheur déjà-là même s’il n’est pas pleinement accompli. En fait, on ne peut comprendre les béatitudes qu’à la lumière de la mort et de la résurrection de Jésus. C’est lui qui est la clé qui permet d’entrer dans l’intelligence des béatitudes. C’est la résurrection de Jésus qui permet d’affirmer : « heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés ! ». C’est l’accueil de la vie donnée par le Père, qui permet de dire : « Heureux les pauvres de cœur, le Royaume de Dieu est à eux ! ». Le Christ n’est-il pas celui qui s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté, celui qui nous révèle que seuls, nous sommes perdus, mais que la vie nous est promise, si nous accueillons l’amour de Dieu pour nous, si nous nous ouvrons au don de Dieu.

Ainsi, nous comprenons que les béatitudes, comme tout l’Evangile ne sont pas l’aboutissement d’une réflexion humaine, mais le trésor de ceux qui avec Jésus reçoivent leur vie de Dieu et communient à son amour miséricordieux. Il n’y a que comme ça que nous pouvons oser proclamer la force de la douceur, le bonheur de ceux qui sont affamés et assoiffés de justice ou de ceux qui sont persécutés. Les énoncés des béatitudes ne sont pas pure provocation à l’encontre des logiques humaines. Ils ne se comprennent qu’à la lumière du parcours du Christ Jésus. On ne peut les habiter que s’il on entre comme Jésus dans la logique d’une vie reçue de Dieu et non d’une vie qu’il nous faudrait défendre et sauvegarder pour en profiter au maximum et le plus longtemps possible.

La force des béatitudes, c’est la puissance de la résurrection à l’œuvre. C’est la vie éternelle déjà semée en nous au jour de notre baptême. C’est le secret de ceux qui au plus profond de leur cœur reconnaissent la vie comme un don de Dieu. Dès lors, nous comprenons pourquoi aux côtés des béatitudes, la liturgie de cette fête de Toussaint nous propose la lecture de la première lettre de Saint Jean : « dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous sommes ne paraît pas encore clairement.» Le chemin qui s’offre à nous est chemin de sainteté, chemin de croissance pour nous ajuster au don de Dieu, chemin de transformation intérieure qui se traduit par des actes, des choix et aussi un certain art de vivre chrétien, dans la simplicité et la gratitude, dans le partage et la joie de servir les autres. C’est la mise en œuvre des béatitudes, non pas comme un programme à appliquer, mais comme un don à accueillir, une expérience à vivre à la suite du Christ.

Frères et sœurs, en cette fête de la Toussaint. Ne restons pas le nez dans le guidon et la tête baissée dans la crainte de l’avenir ou la nostalgie d’un bonheur perdu avec ceux qui nous ont quittés toujours trop tôt. Levons les yeux vers l’avenir que Dieu nous donne ! Regardons avec Saint Jean dans l’apocalypse la foule immense de ceux qui chantent la gloire de Dieu et proclament le salut dans le Christ. Ils sont vêtus de blanc, comme nous l’avons été au jour de notre baptême. Avec eux, nous avons traversé la grande épreuve. Nous nous sommes purifiés dans le sang de l’agneau. Avec eux, nous sommes passés de la mort à la vie. Avec eux, nous avons reçu la vie éternelle de Celui qui nous a tant aimés qu’il nous a donné son Fils, de celui qui nous aime tant qu’il nous ressuscitera avec lui.

Avec toute l’Eglise, avec les saints du Ciel et de la terre, chantons la joie d’être sauvés ! Amen !

Père Bruno CAZIN, président-recteur délégué de l’Université Catholique de Lille

 

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Tags: mort   Homélie  
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