Accueil > Vivre et célébrer > Homélie de la Toussaint 2013

Vivre et célébrer

Homélie de la Toussaint 2013

Publié le 04/11/2013

Le bonheur, c’est pour la vie éternelle ou pour maintenant ? Dites-moi : Que dit la foi chrétienne ? M’offre-t-elle des solutions pour être heureux ? C’est ça qui m’intéresse, car l’au-delà, c’est incertain, même si on y pense ces jours-ci en faisant mémoire de ceux qui nous ont quittés !

Ces questions reviennent souvent. Il n’est pas rare que le christianisme soit disqualifié, accusé de promettre le bonheur uniquement dans l’au-delà, alors que ce que désirent nos contemporains, c’est le bonheur ici et maintenant. On imagine le succès du premier ministre du royaume himalayen bouddhiste du Bhoutan qui récemment au world forum de Lille vantait les vertus du bonheur national brut en remplacement du produit, basé sur les biens matériels, qui alimente une croissance folle, irrespectueuse de l’environnement et non durable, non soutenable, comme on dit en franglais.

C’est souvent ainsi que l’on pose la question du bonheur, au risque de confondre celui-ci avec le bien-être et à en faire un nouvel objet de consommation comme le pointait finement le philosophe Fabrice Hadj-Hadj dans son dialogue avec notre archevêque, lors des festivités de Pentecôte du centenaire du diocèse. Le bonheur - bien-être, serait alors la satisfaction des besoins et aspirations de l’homme, un homme comblé contre lequel le psaume 49 nous met en garde : « l’homme comblé ne dure pas. », tandis que Jésus dans l’Evangile selon St Luc promet le malheur à ceux qui ont déjà trouvé leur consolation, à ceux qui sont riches et repus.

A l’opposé, les béatitudes chantent le bonheur des pauvres, de ceux qui pleurent, de ceux qui ont faim et soif de justice. Le bonheur y est tantôt décliné au présent : «  le Royaume des cieux est à eux », tantôt une promesse conjuguée au futur, une réalité en train d’advenir qui se laisse découvrir par les doux, les cœurs purs, les artisans de paix, ceux qui sont persécutés pour la justice. Quelque chose qui nous est donné et qu’on ne possède pas. Une expérience qui se découvre dans une relation de confiance, dans laquelle il nous faut grandir : «  Dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement » résumait Saint Jean dans sa première lettre.

Le bonheur authentique se reçoit comme un cadeau. On ne peut l’exiger. Il n’est pas prisonnier de cet impératif qui impose sa tyrannie à tant de nos contemporains. Il est là dans cet amour offert, cette promesse à laquelle la résurrection de Jésus donne corps. Il est là dans l’espérance vive que nourrit en nous l’accueil du don de Dieu. Il est là dans la vie que Dieu nous communique, dans l’Esprit qui nous permet de grandir en sainteté, autrement dit de faire nôtre les vues de Dieu, les mœurs de Dieu, vivre sa douceur et sa miséricorde.

Je le dis autrement : il est impossible de parvenir au bonheur à la force des poignets, comme il est illusoire de devenir saint en se conformant à un idéal préétabli. La sainteté, comme le bonheur sont dons de Dieu. Ils s’épanouissent au sein de la relation d’alliance que nous entretenons avec lui au point de devenir fils, comme Jésus est Fils. Ils s’offrent à nous au-delà des difficultés et des souffrances du temps présent, comme la gloire de la résurrection illumine « ceux qui viennent de la grande épreuve et qui ont purifié leurs vêtements dans le sang de l’Agneau ». Alors, avec la foule innombrable de l’Apocalypse, nous pouvons proclamer d’une voix forte : « Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le trône, et par l’Agneau », celui qui s’est livré sur la Croix, désarmé, dans la confiance totale en son Père. C’est lui, Jésus qui est le chemin qui nous mène au Père. C’est en lui que prennent sens les paradoxes apparents des béatitudes.

Ainsi, nous croyons que la vie éternelle nous est donnée par le baptême, lorsque nous sommes plongés avec le Christ dans la mort pour renaître avec lui. Le bonheur nous est offert dès ici-bas dans cet amour qui fait de nous des fils de Dieu. Il s’épanouit lorsque nous emboîtons nos pas dans ceux de Jésus, lorsque nous laissons son Esprit façonner en nous l’homme à l’image de Dieu, le saint que nous sommes appelés à devenir.

Frères et sœurs, la Toussaint nous invite à l’espérance. Elle nous fait lever les yeux vers le Ciel, tout en gardant les pieds sur terre. Alors, nous pouvons aspirer au bonheur sans l’exiger. Nous pouvons désirer la sainteté, pour mieux répondre à l’appel de Dieu et correspondre au don qui nous est fait. Tel est le beau chemin d’humilité qui nous est proposé à la suite de cette nuée de témoins qui nous précède et que nous célébrons aujourd’hui.

Père Bruno CAZIN, président-recteur délégué, Université Catholique de Lille.

 

Texte à télécharger


Tags: Homélie  
0 commentaires sur Homélie de la Toussaint 2013

Laisser un commentaire


Les commentaires sont désactivés pour cet article
Vidéo Cathocité