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Vivre et célébrer

Homélie du 28ème dimanche du temps ordinaire, 13 Octobre 2013

Publié le 17/10/2013

Saint Pierre-Saint Paul, Lille
Voilà à première vue une scène de l’Evangile comme il en est beaucoup. Une scène de guérison sur la route qui conduira Jésus sur le lieu de sa passion, à Jérusalem. Une guérison qui concerne 10 lépreux qui restent à distance de Jésus pour ne pas le rendre impur, 10 lépreux guéris sur le chemin par l’intervention miraculeuse de Jésus… et puis un seul qui rend gloire à Dieu en se prosternant aux pieds de Jésus en rendant grâce, un Samaritain, un étranger !
Que faut-il en tirer ? Une leçon de morale sur l’ingratitude et la nécessité de dire merci. Ce n’est ni écrit, ni suggéré par le passage d’Evangile. Après tout, les 9 autres sont peut-être allés au temple, faire authentifier leur guérison comme Jésus le leur avait indiqué.
Un seul est revenu sur ses pas, un Samaritain ! Une insistance dont Luc est familier pour manifester la disposition des païens à accueillir l’Evangile. Assurément ! Si nous avions un doute le récit du second livre des rois décrivant l’attitude pleine de reconnaissance du général syrien Naaman vient renforcer le message. Bien des non-juifs sont disposés à embrasser la foi, à louer le Dieu unique qui manifeste sa miséricorde en Jésus. Très bien ! Mais cette ouverture de l’Eglise aux non-juifs est une vieille histoire, un acquis pour nous. Alors qu’elle est-elle la parole que Dieu nous adresse aujourd’hui ?
Prenons un peu de hauteur pour écouter et comprendre. 10 lépreux dont un samaritain, tous guéris, symboles de l’humanité plurielle que Dieu sauve en Jésus-Christ. 10 lépreux, signe de l’humanité sauvée par le Christ. Et puis, un seul qui rend gloire à Dieu, un seul qui manifeste sa reconnaissance à Jésus, figure de l’Eglise, appelée à louer Dieu pour les merveilles qu’il accomplit au milieu des hommes, une Eglise, sacrement du salut que Dieu offre à tous les hommes, une Eglise formée d’hommes et de femmes renouvelés par la rencontre du Christ, une Eglise d’hommes et de femmes qui ont mis leur foi en Jésus.
Frères et soeurs, à l’heure où il est de bon ton de constater que les croyants sont minoritaires, nous ne pouvons pas nous replier sur nous-mêmes, comme si Dieu ne sauvait que les croyants, comme si l’Evangile était réservé à ceux qui aujourd’hui confessent le Christ comme sauveur. Nous croyons avec toute l’Eglise que le Christ est Sauveur du monde, que son Esprit travaille et agit en bien des hommes, croyants ou non, chrétiens ou adeptes d’autres religions. Nous le rappelons au seuil de la prière eucharistique. Nous célébrons le mémorial de la passion et de la résurrection du Christ « pour la gloire de Dieu et le salut du monde ».
Nous avons tous compris l’insistance du pape François à aller aux périphéries du monde, non seulement les périphéries géographiques mais surtout les périphéries où la dignité de l’homme est bafouée par toutes les lèpres d’aujourd’hui, aux carrefours des Galilées et des Samaries d’aujourd’hui. Cette insistance, n’est pas le dada d’un pape venu du bout du monde. Elle participe de la définition même de la foi catholique, une foi qui concerne tout l’homme et tous les hommes, une bonne nouvelle qui touche en nous et dans l’humanité entière ce qu’il y a de plus éloigné de Dieu. Pour bien comprendre ce que signifie périphéries du monde, il faut connaître l’origine de l’expression largement utilisée dans l’Eglise en Amérique Latine dans les années 80 : périphérie d’un continent, périphérie des favelas et des quartiers populaires, mais aussi périphérie d’Israël dans l’Empire romain au temps de Jésus, un Jésus qui grandit à Nazareth loin de la capitale et du Temple. Et surtout
l’expérience de Jésus sur la croix, l’expérience limite de l’abandon et de la solitude par laquelle il rejoint l’homme blessé, celui-là même qu’il rencontre dans l’Evangile d’aujourd’hui sur les chemins de Galilée et de Samarie.
A notre tour, nous sommes invités à signifier la proximité de Dieu à ceux qui sont loin et à rendre grâce pour l’action de Dieu là-même où on ne l’attendait pas. La louange qui jaillit de notre coeur à l’heure de la prière ne peut se contenter d’évoquer la bonté de Dieu dont nous bénéficions. Elle est appelée à s’élargir, à vibrer aux attentes de tous les hommes que Dieu rejoint dans le Christ. Elle est louange pour l’amour immense de Dieu, pour son désir de sauver toute l’humanité, pour sa passion amoureuse pour la brebis perdue, pour son identification étonnante avec les petits et les pauvres. Elle est jubilation pour la tendresse et la miséricorde du coeur de Dieu, lui qui a pris chair de notre chair dans le sein de la Vierge Marie.
Si aujourd’hui, le pape François consacre le monde au coeur immaculé de Marie, c’est pour mieux souligner cette action salvifique de Dieu qui a épousé notre humanité grâce à la disponibilité de la Vierge Sainte, au oui qui a jaillit de son coeur immaculé. Puisse cette consécration nous entraîner dans l’action de grâce, stimuler en nous la louange, dilater notre coeur aux dimensions du monde et de l’immense désir de Dieu. Puisse-t-elle affermir notre foi et notre bonheur de contribuer à la mission de l’Eglise qui est au milieu des hommes d’aujourd’hui, comme le Samaritain parmi les dix lépreux, chargée de la louange et du service. Amen !
Père Bruno CAZIN, président-recteur délégué, Université Catholique de Lille

 

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