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Vivre et célébrer

Homélie de la veillée pascale 2013

Publié le 03/04/2013

Saint Pierre-Saint Paul, LILLE

Frères et sœurs, nous avons pris le temps ce soir d’écouter Dieu nous parler à travers la Loi et les Prophètes, les hymnes et les psaumes, l’ancien et le nouveau testament jusqu’à cet Evangile de la résurrection, d’une sobriété étonnante : un tombeau vide, un linceul isolé, le témoignage des femmes qui ne convainc pas les apôtres qui trouvent leurs propos délirants…

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la lente pédagogie de la liturgie en cette veillée pascale n’oblige personne à croire ! Elle propose un chemin dans la foi, un chemin qui s’est déployé tout au long du carême, destiné aux catéchumènes et à nous tous qui avec eux renouvelons la foi de notre baptême.

Car c’est bien le baptême qui est au cœur de notre célébration pascale, le baptême que Béatrice, Laetitia et Pierre vont recevoir tout à l’heure, le baptême dans lequel nous avons été plongés nous aussi. Car c’est bien d’un plongeon dont il s’agit, même si la température extérieure nous invite à la sobriété dans le signe : un plongeon dans la mort du Christ pour ressusciter avec lui comme l’explique l’apôtre Paul aux Romains : « Frères, nous qui avons été baptisés en Jésus Christ, c’est dans sa mort que nous avons été baptisés (…) et si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. »

Prenez bien la mesure de ce que signifie ce plongeon. Représentez-vous ce mouvement d’abaissement et de relèvement, de descente aux enfers, au séjour des morts et de remontée, d’ascension même au plus haut des cieux, à la droite de Dieu. Ce mouvement nous l’avons vécu au cours de ce Triduum pascal, de ces trois jours saints où nous avons communié au Christ Serviteur qui s’offre en partage, avant de mourir sur la Croix et de ressusciter d’entre les morts. Ce mouvement, c’est celui du Christ bien sûr, un mouvement qui résume toute la logique de l’incarnation et de notre rédemption, un mouvement où se dénoue le drame de notre humanité, où se joue notre salut. Car c’est bien avec nous et pour nous que le Christ touche le fond, c’est avec nous et pour nous que le Christ ouvre le chemin de la confiance et de l’espérance. Plus que jamais nous sommes en communion avec lui, avec l’humanité souffrante qu’il rejoint dans sa détresse, avec les hommes et les femmes qui à travers le monde ont soif de justice, de paix, de bonheur. Et nous croyons que tout se joue là entre Gethsémani et le tombeau vide, dans l’intimité de Jésus avec son Père qui le ressuscite par la puissance de son Esprit. Nous croyons que tout se joue là dans cette humilité confiante d’un Jésus qui s’en remet au Père, comme dans l’extraordinaire fidélité d’un Dieu qui ne l’a pas abandonné à la mort.

Oui, le plongeon de Jésus dans la mort et sa résurrection au matin de Pâques est bien le mouvement même de notre baptême, l’aventure de la foi qui nous est proposée. En effet, par la mort et la résurrection de Jésus, nous sommes sauvés, libérés du péché dont nous étions esclaves, vivants de la vie de Dieu, de la vie éternelle. Rémission des péchés, salut, vie éternelle, ce ne sont pas des gros mots réservés aux théologiens, mais bien les mots qui désignent l’expérience vitale que nous faisons dans le Christ. En lui, nous n’avons plus besoin de nous soucier de nous-mêmes et de notre avenir. Les ruses que nous déployons pour sauvegarder notre vie et calmer nos angoisses sont désamorcées dans la confiance filiale qu’il nous propose. Avec Jésus nous faisons l’expérience de la vie nouvelle, une vie reçue comme un cadeau de Dieu, une vie plus forte que la mort. Avec lui, en lui, nous comprenons que la vie n’est pas une individualité à défendre envers et contre tout mais bien un mystère d’alliance. Avec lui et en lui, nous comprenons que l’amour de Dieu nous précède et nous est toujours offert. Ainsi, nous pouvons aimer comme Jésus, nous faire serviteurs comme lui, prendre des risques en aimant et en pardonnant, sans crainte de perdre. Ainsi, notre vie est renouvelée, transformée par la puissance de l’Esprit Saint. Ainsi, la vie éternelle se déploie en nous depuis notre baptême. Et si cette expérience engage tout notre être, toute notre histoire personnelle, toute notre psychologie, elle n’est pas pour autant une expérience individuelle. Elle s’inscrit dans l’expérience de l’Eglise, dans la communauté des croyants qui constitue le Corps du Christ et s’ouvre au don de Dieu dans la Parole, les sacrements, le témoignage de la charité.

Béatrice, Laetitia et Pierre, avec toute l’Eglise dans un instant, vous allez proclamer votre foi en la Sainte Trinité : Père, Fils et Saint Esprit… et c’est dans la foi de l’Eglise que vous allez être baptisés. Cette foi vous l’avez compris n’est pas d’abord de l’ordre de la connaissance mais bien une expérience vitale, l’expérience d’une vie nouvelle dans le Christ, d’une alliance avec Dieu. Aussi est-ce de tout votre cœur, de toute votre âme, de toute votre force que vous allez proclamer votre foi au Dieu Père qui a révélé sa proximité en Jésus Christ, un Dieu créateur qui ne cesse de nous offrir son amour, un Dieu riche en miséricorde. Vous allez dire combien votre vie a été renouvelée par la rencontre du Christ, combien son attitude vis-à-vis des malades et des exclus vous a bouleversés, combien son humilité et l’offrande de sa vie vous ont touchés. Vous allez dire votre foi en l’Esprit Saint qui a parlé par les prophètes et que Jésus a répandu en abondance sur l’Eglise pour que nous vivions de sa vie. Plongés dans la mort avec le Christ, vous allez saisir avec lui la main que Dieu vous tend. Avec Coraline, vous allez communier pour la première fois au corps et au sang du Christ ressuscité, vous nourrir à la source de l’amour offert. Vous ne comprendrez pas tout. Ne vous inquiétez pas, vous n’êtes pas les seuls et là n’est pas le but. Le but, c’est bien cette vie renouvelée, cette vie vécue en alliance avec Dieu. Vous pourrez venir souvent participer à l’eucharistie du Seigneur, à la grande action de grâce de l’Eglise qui accueille le don de Dieu et cherche à en témoigner dans la complexité du monde d’aujourd’hui. Vous aussi, vous essayerez de manifester la foi qui vous anime. Peut-être que vos propos seront jugés délirants comme ceux des saintes femmes de retour du tombeau vide. Peu importe, vous continuerez à avancer dans la vie avec le cœur en feu et le désir de partager l’amour que vous avez reçu de Dieu. C’est en tout cas ce que je vous souhaite ainsi qu’à toute notre assemblée joyeuse de renaître dans le Christ ! Amen ! Alléluia.

 

Père Bruno CAZIN, vicaire épiscopal, président-recteur délégué de l’Université Catholique de Lille

 

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Tags: Pâques  
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