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Vivre et célébrer

Homélie du 5ème dimanche du temps ordinaire, 5 février 2012

Publié le 06/02/2012

Lambersart, N-D de Fatima et Saint Sépulcre      Jb7,1-4 ;6-7 ; Ps146 ; 1Cor9,16-19 ; 22-23 ; Mc1, 29-39

Prêtre et médecin, je suis particulièrement sensible à l’Evangile de ce dimanche, au 1er chapitre de Saint Marc. Ecoutons bien ! La note dominante d’abord : la proximité de Jésus avec les malades. Il guérit la belle mère de Simon de sa fièvre, puis toutes sortes de malades. Il chasse beaucoup d’esprits mauvais, poursuivant ainsi ce qu’il avait initié le matin dans la synagogue de Capharnaüm en guérissant un homme tourmenté par un esprit mauvais. Jésus apparaît comme un thaumaturge, un guérisseur, capable de faire reculer le mal et de restaurer la santé de beaucoup. Avec lui l’homme n’est plus prisonnier de l’impasse de la maladie ; il est libéré de l’exclusion et de la souffrance qui provoquait la lamentation de Job et sa prière désespérée. Merveilleux !

Mais écoutons plus attentivement encore l’Evangile de ce dimanche : Une note d’humour d’abord : « Le soir venu, sous entendu après la fin du sabbat, la ville entière se pressait à sa porte ! » Autrement dit, ils étaient tous malades, ils avaient tous besoin de se laisser guérir par Jésus. Est-ce propre à Capharnaüm ? De quelles maladies souffrent-ils ? Quelle est donc cette maladie si répandue sinon celle de l’homme en mal d’amour, en quête de bonté et de tendresse, celle de l’homme en attente de la rencontre vivifiante avec le Fils de Dieu ?

Et puis encore une autre petite musique, celle de l’aube du jour nouveau, celle qui conduit Jésus dans un endroit désert pour prier, une musique étonnante qui l’amène à ne plus répondre à la demande ! « Tout le monde te cherche ! » « Partons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame la Bonne Nouvelle ; car c’est pour cela que je suis sorti. » Etonnant : à première vue un Jésus devenu indifférent à la souffrance des gens, un Jésus qui ne répond pas à la demande insistante. Fuite ? Recadrage de la mission après le cœur à cœur avec son Père dans la prière ? Jésus mesure-t-il l’ambigüité des signes qu’il pose ? Est-il irrité par la publicité qui lui est faite alors même qu’il demandait aux esprits mauvais de se taire sur son identité ? Il est clair en tout cas qu’il nous faut accompagner Jésus dans sa marche, quitter le rivage rassurant de la guérison pour annoncer la Bonne Nouvelle à tous. Jésus ne se laisse pas enfermer dans le rôle gratifiant du thaumaturge. Les guérisons qu’il opère ne sont que des signes, signes de la promesse du Royaume de Dieu accomplie par celui qui est sorti pour cela, sorti de Capharnaüm au petit matin, certes, mais aussi sorti du sein du Père pour révéler à tous les hommes la proximité aimante de Dieu, mais aussi sorti du tombeau au matin de Pâques pour manifestercombien la puissance de Dieu se manifeste dans la faiblesse, pour que nous ressuscitions avec lui.

La Bonne Nouvelle n’est pas la guérison en elle-même. La Bonne Nouvelle réside dans cet amour disponible, offert à tous les hommes, pour qu’ils découvrent combien ils sont aimés de Dieu, fils de Dieu, appelés à partager la gloire de Dieu éternellement. Si Jésus « a pris sur lui notre faiblesse, s’il s’est chargé de nos douleurs » (Mt8,17 citant Is53,4) comme nous l’avons chanté dans l’antienne de l’Evangile, c’est pour nous guérir définitivement du péché, nous réintroduire dans l’amour de Dieu qui dissipe le péché. Ainsi Jésus nous libère des angoisses engendrées par la peur de mourir, (Hb2,15) la crainte d’être malade. Voilà la blessure dont nous sommes guéris, la blessure qui nous enferme dans l’inquiétude et la souffrance et nous fait ressentir douloureusement la solitude et le non sens du mal.

Aujourd’hui la préoccupation pour la santé et le bien-être nourrit tout un marché très lucratif. L’Eglise n’échappe pas à cette quête et peut aussi offrir des sessions de guérison, des thérapies psychospirituelles qui peuvent réellement favoriser une rencontre authentique avec le Seigneur et l’expérience d’une foi qui réconcilie et relève. Elles peuvent aussi hélas alimenter des dérives regrettables sur lesquelles les évêques de France viennent d’attirer l’attention. Dans la prière sachons discerner ce qui est bon pour nous, ce qui est juste dans la relation à Dieu. Comme Jésus, n’hésitons pas à aller dans un endroit désert pour nous recevoir du Père, nous laisser brûler par son amour, nous laisser guérir par sa miséricorde. Alors comme Saint Paul nous n’aurons de cesse de partager cette grâce offerte à tous, cette Bonne Nouvelle qui change la perspective, fonde notre liberté et notre aptitude à servir de manière désintéressée : « Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Evangile ! », un Evangile que nous pouvons transmettre seulement si nous en avons-nous-même fait l’expérience.

 

Père Bruno CAZIN, vicaire épiscopal, vice-recteur de l’Université Catholique de Lille


Tags: religion   chrétiens  
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