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Vivre et célébrer

Homélie du 32ème dimanche ordinaire année A, 6 Novembre 2011

Publié le 14/11/2011

Saint André et Sainte Catherine- Paroisse Saint Pierre du Vieux-Lille

L’épître aux Thessaloniciens, probablement la plus ancienne des épîtres pauliniennes nous donne bien le contexte dans lequel a été écrite la Parabole des jeunes filles sages et des jeunes filles folles, plus souvent appelées dans la tradition vierges sages et vierges folles. Ce contexte, c’est celui des premières communautés chrétiennes et de l’attente du retour imminent du Christ ressuscité marquant la parousie, l’accomplissement des temps. Les premiers chrétiens commencent à trouver le temps long ; certains se découragent, l’attente se relâche et avec elle le zèle dans la pratique de la justice et de l’amour fraternel.

Deux mille ans après, la question reste intacte même si l’Eglise s’est habituée à considérer l’imminence de la venue du Seigneur autrement qu’en terme de proximité de calendrier. Le Christ est tout proche ; il ne manque pas grand-chose pour l’accomplissement des temps, si ce n’est notre ajustement au projet de Dieu, notre disponibilité à l’accueillir. Tout est accompli depuis la Pâque du Seigneur. Désormais, nous savons que l’amour est vainqueur. Nous sommes convaincus avec Paul dans l’épître  aux Romains que rien, « ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les bêtes, ni les dominations, ni le présent, ni l’avenir…rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, notre Seigneur. » Et, pourtant, ils ne manquent pas les moments où nous nous interrogeons sur la validité de notre espérance, où l’actualité ou l’ambiance du moment entretiennent morosité et découragement. On prétend même que la génération présente est la génération « no future », sans avenir, sans espérance. D’autres traduisent cela autrement : « Mieux vaut profiter du temps présent, on ne sait jamais ce que nous réserve l’avenir ! Carpe Diem !» La prédication elle-même a volontiers rapatrié l’espérance chrétienne dans le temps présent, réduisant peu ou prou le christianisme à une sagesse, à un art de vivre qui peut nous procurer le bonheur aujourd’hui. Il est très louable de vivre sa foi au quotidien, sans exiger de rétribution dans l’au-delà et rester disponible à l’inattendu de Dieu. Cette attitude contemporaine répond aux excès d’une annonce de l’Evangile méprisant l’investissement dans l’histoire et orientant tous nos choix vers le salut éternel.

L’invitation à la vigilance de Jésus : « Veillez car vous ne savez ni le jour ni l’heure » n’est pas là pour entretenir la menace  de la damnation et la peur. L’invitation à la vigilance nous dispose à vivre le présent comme temps d’accueil de l’à venir de Dieu, déjà inauguré par la résurrection du crucifié. La Pâque du Seigneur dont nous faisons mémoire dans l’eucharistie nous introduit dans les temps nouveaux. Elle oriente toute l’histoire présente vers l’avenir de Dieu. La lampe à la main, nous pouvons discerner les germes du Royaume de Dieu dans l’histoire, nous pouvons cultiver ce qui a le goût du Royaume et rejeter les œuvres des ténèbres. Par conséquent, il n’est pas gênant de ne pas savoir où nous allons, car demain n’est pas d’abord ce que nous bâtissons à la force de nos poignets, mais demain nous est donné ; il est là tout proche, rendez-vous que Dieu nous donne dans le Christ. Il s’agit de remplacer le futur par l’à-venir, pas seulement dans un glissement de vocabulaire pour refuser le franglais mais dans une disposition à vivre le présent comme accueil du Dieu qui vient. Ainsi le présent peut devenir ce temps d’ajustement au projet de Dieu, temps de conversion personnelle et de transformation sociale mettant en œuvre l’espérance de l’amour vainqueur.

En effet, lorsque nous célébrons l’eucharistie, « nous annonçons la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne » comme le dit Saint Paul dans la première lettre aux Corinthiens (1Cor11,26) ; autrement dit nous célébrons l’avenir ouvert par l’amour du Seigneur qui a aimé jusqu’au bout, jusqu’au don de sa vie. En confessant le Christ ressuscité, nous confessons l’irruption de l’avenir dans le présent, de l’éternité dans le temps. Ainsi l’eucharistie devient le sacrement de la route, le viatique qui alimente en nous la force de l’amour et du don de soi. Elle anticipe le banquet des noces auquel nous sommes attendus, la rencontre nuptiale entre le Christ et l’Eglise, la communauté de ceux qui ont gardé leur lampe allumée, de ceux qui sont marqués par l’huile du salut pour avancer en enfants de lumière à la rencontre de celui qui vient.

Ce jeu entre le présent et l’avenir est plus qu’une gymnastique intellectuelle. Il suppose une disposition d’esprit, une disponibilité à l’œuvre de Dieu dans nos vies. Il nous permet de conjuguer aspiration au face à face avec Dieu et traduction concrète de notre foi dans la vie quotidienne et dans l’histoire ou si vous préférez prière de contemplation et action enracinée dans la prière.

Face aux inquiétudes qui marquent les communautés chrétiennes et plus largement nos contemporains, l’invitation à la vigilance nous inscrit dans la confiance. Une fois pour toute dans le Christ, l’amour a triomphé. Désormais, nous savons où placer notre espérance, et « cette espérance ne trompe pas car l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm5,5).

Bruno Cazin, vicaire épiscopal, vice-recteur de l’Université Catholique de Lille.


Tags: religion  
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