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Découvrir et comprendre

L’avenir selon Marcel Gauchet : un monde privé de sens ?

Publié le 10/02/2012

« L’avenir en question, la fin des promesses ? », tel était le thème du colloque organisé par la Faculté de théologie de notre Université après deux autres colloques tenus depuis 2008 sur les rapports entre religion et politique. Marcel Gauchet l’a repris comme thème d’une conférence magistrale suivie d’un débat, dans notre salle des Actes, le 26 janvier 2012. Il y a développé les réflexions qu’il mène dans un chantier qui lui est cher.

L’avenir n’est plus pensable comme une progression constante et linéaire sur un axe que nous connaîtrions à l’avance. Nous ressentons cela douloureusement, mais l’orateur a montré comment ce deuil est en réalité une avancée, une crise de croissance de la modernité. Marcel Gauchet est un philosophe qui aide à penser notre temps. Il le fait en relisant notre histoire, et en déchiffrant l’évolution de nos sociétés. L’axe majeur de sa pensée consiste à comprendre ce qu’est la modernité, et la rupture fondamentale qu’elle a opérée dans notre façon de comprendre le monde, en privilégiant la nouveauté d’un avenir à espérer et à construire. Mais cette histoire ne peut être comprise si on n’y intègre la religion : la religion c’était traditionnellement la répétition du passé, et avec cette religion la modernité a rompu ; mais en réalisant cette rupture elle est en même temps héritière de traditions religieuses qui l’ont rendue possible : c’est la religion qui a fait sortir de la religion, tel est le paradoxe qui peut rendre compte du rôle tout à fait particulier du christianisme, et de son influence qui se prolonge même quand la modernité a cru s’en détacher.

Notre façon de vivre le temps, et en particulier la perspective de l’avenir, est ainsi au cœur du rapport que la modernité entretient avec la religion. La religion dont nous sommes sortis, c’est celle qui structurait la société comme un ordre sacré et faisait obstacle à la politique en tant qu’organisation volontaire de la société par les citoyens. La modernité a mis fin à cette façon de vivre la religion, mais elle a fait penser l’histoire comme une progression vers un but qui donne à espérer.

Aujourd'hui la modernité elle-même apprend à faire le deuil de ses idéologies, qui ont pris au XXe siècle la forme de véritables religions séculières. Il est temps de repenser tout cela et de réfléchir à notre itinéraire collectif. La pensée de Marcel Gauchet peut nous y aider. Il ne s’agit pas de régresser dans une religion qui refuse la modernité et prétendrait dicter la marche de nos sociétés, mais d’apprendre à réexaminer notre rapport au temps, celui qui passe et celui qui vient.

La religion peut être une ressource pour apprendre à vivre un nouveau rapport à l’avenir, affranchi des idéologies qui prétendaient le maîtriser. Il s’agit alors de découvrir cette inspiration profonde qui est au cœur de la modernité et qui nous appelle à la liberté. Le monde n’a pas le sens que nous lui imposions, mais, pour la première fois peut-être, il peut prendre le sens d’une découverte de ce que nous sommes et de ce que nous pouvons construire ensemble dans la conscience des limites de ce qui est humain.

 

Jean-Luc Blaquart

https://sites.google.com/site/jeanlucblaquart/home/whats-up

La conférence à la faculté de théologie

http://theologie.icl-lille.fr/

Le blog Marcel Gauchet 

http://gauchet.blogspot.com/

 


Tags: religion   colloque  
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