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Découvrir et comprendre

« Nouvelles formes de vie et de mort : une médecine entre rêve et réalité »

Publié le 24/03/2011

 

Les 14, 15 et 16 janvier 2011, à la Cité Universitaire Internationale de Paris, s’est tenu le colloque « Nouvelles formes de vie et de mort, une médecine entre rêve et réalité », par la « Société Médecine et psychanalyse ».

 

Ce colloque mettait en lumière un malentendu, source d’angoisse, d’attentes disproportionnées et d’espoirs déçus dans notre société contemporaine, à l’image de l’ouverture du colloque : « soins rêvés et réalité hospitalière ». Nouvelles attentes ou espoirs ancestraux de guérison, la médecine semble être le « support » d’un refus inconscient de la mortalité.

A la source de ce malentendu, Roland Gori (De quoi la psychanalyse est-elle le nom ; Démocratie et subjectivité, Denoël, 2010) identifie la volonté de remplacer les doutes, propres à une pensée dite « poétique », par un discours scientifique, rationaliste. Ce discours rationalisant à l’extrême – nommé « pensée pratico-formelle » - est selon lui la source d’une logique gestionnaire qui domine le soin.

A partir de cet état de fait de la médecine, il est difficile de comprendre le « vivre autrement » tel que l’illustre l’œuvre de Joe Bousquet (poète français, grand blessé lors de la guerre 1914-1918) présentée par Charles Gardou, anthropologue (Le handicap au risque des cultures : variations anthropologiques, Erès, 2010). L’œuvre de Joe Bousquet donne ainsi à lire l’expérience existentielle de la douleur, de la vulnérabilité et de la dépendance qui devient créatrice dans la mesure où il parvient à « habiter » sa douleur, à redonner à son corps une chair, un mouvement par l’usage poétique des mots. Joe Bousquet trouve ainsi une voie créatrice dans le fait même d’une vie habitée par la mort, se qualifiant lui-même d’être qui n’était pas « fait pour vivre ».

Ainsi, à l’horizon de l’expérience de la vulnérabilité telle qu’elle est prise en charge par la médecine, Patrick Baudry (La place des morts : enjeux et rites, L’Harmattan, 2006) et Robert Zittoun (La mort de l’autre ; une introduction à l’éthique clinique, Dunod, 2007) se posent la question : existe-t-il vraiment à l’heure actuelle de nouvelles formes de vie et de mort ou sommes-nous face à un changement de contexte qui laisse émerger des angoisses, des attachements ancestraux ? Des questionnements anthropologiques passionnants de Françoise Héritier (Retour aux sources, Editions Galilée, 2010), aux développements littéraires de la parentalité proposés par Philippe Forest (Le siècle des nuages, Gallimard, 2010, jusqu’aux questionnements éthiques concernant les pratiques médicales autour de la périnatalité, la question est posée et renvoyée en miroir à une volonté de pouvoir sur l’incertitude au sein de toute existence.

Face à une certaine forme de « déni », Didier Sicard et Régis Aubry nous rappellent la difficulté, en contexte de soins, de gérer l’incertitude : la formation médicale doit avoir à cœur de sensibiliser les futurs médecins à une réflexion sur la complexité de la pratique médicale face à la vulnérabilité.

 

Rozenn Le Berre,

assistante doctorante en philosophie

Centre d’Ethique Médicale

Département d’Éthique


Tags: éthique   colloque  
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