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Découvrir et comprendre

Quelle présence chrétienne dans le débat public? Le débat public a-t-il besoin de Dieu?

Publié le 14/01/2011

La table ronde d’ouverture des États Généraux du Christianisme a réuni François Soulage, président national du Secours catholique, Bruno Cazin, vice-recteur de l’Université Catholique de Lille, Mohamed Abdelatif, Yves Michaud, philosophe. Nous avons choisi de reproduire des extraits de l’intervention de François Soulage.

La présence chrétienne, c’est la présence des chrétiens et non pas uniquement la présence de l’Église-institution. « Présence » n’est pas uniquement «parole ». Dans le débat public, c’est bien le débat qui tourne autour des politiques «qui sont menées » tout autant que celui qui tourne autour des politiques « à » mener. Le débat public, c’est un débat de nature politique — au sens noble du terme — puisqu’il s’intéresse nécessairement au fonctionnement de la société. Les chrétiens sont présents dans le débat public dès lors que celui-ci porte sur les questions de la vie, sur les questions du passage de l’action de terrain àla politique.

Cette présence des chrétiens est obligatoire et indiscutable. Pourtant elle est discutée.

D’abord, des actes…

C’est leur présence dans les actions menées qui leur permet ensuite de prendre la parole. Le débat public doit prendre d’abord appui sur les actions qui sont menées et non sur les discours qui sont prononcés. C’est pourquoi la première question à se poser est celle de la présence chrétienne dans ce qui fait la vie de la société. Et la vie de la société, ce sont les questions du logement, de l’immigration, de l’emploi, de la santé, du droit à la vie et du droit à toute la vie. Les chrétiens sont présents partout. Est-ce étonnant ?

Dans cet ensemble d’actions, les chrétiens sont invités à mettre en œuvre l’enseignement social de l’Église, dont on peut évoquer quatre piliers : la destination universelle des biens, la dignité inaliénable de la personne humaine, le bien commun — c’est-à-dire le droit de propriété subordonné à l’usage commun — et le principe de solidarité.

Détaillons :
• la destination universelle des biens renvoie à la question du développement durable. Aujourd’hui, dans l’utilisation des biens qui sont mis à notre disposition, sommes-nous en état de garantir que ce que nous faisons pourra bien être reproductible par les générations qui nous suivent ? C’est la question du développement durable qui trouve ici une vraie signification chrétienne.

• La dignité inaliénable de la personne humaine trouve évidemment son illustration dans la question actuelle des Roms.

• Le bien commun et le droit de propriété subordonné à l’usage commun, on le retrouve dans l’usage de l’argent. La crise des subprimes a bien eu lieu précisément parce que l’on a oublié ce principe, et que les possesseurs du capital des grandes banques ont travaillé non pas à l’usage commun mais au rendement financier de leurs placements.

• Enfin, le principe de solidarité, nous le voyons dans notre politique fiscale et dans le débat qui aujourd’hui a lieu par exemple sur le bouclier fiscal, les niches fiscales, la lutte contre les déficits publics et l’équilibre des comptes de la sécurité sociale...

Cette référence à l’enseignement social de l’Église conduit nécessairement à des pratiques d’abord, puis à des prises de position qui constituent autant d’éléments du débat public. Et l’on voit bien l’actualité des questions ainsi posées.

… ensuite, les paroles

Mais cette attitude active n’est pas toujours mise en œuvre. Au Secours Catholique, apparaissent les difficultés de nous positionner dans une société laïque et même d’intégrer la pluralité de la pensée et des options qui existent à l’intérieur même du monde catholique. Certains chrétiens pensent qu’il n’est pas utile de montrer ce que l’on fait, Il vaut mieux « faire » que « parler « ; et ils oublient de parler à la société. D’autres pensent qu’il faut d’abord affirmer nos valeurs et ils oublient d’agir pour un monde meilleur. D’autres enfin s’arrêtent à une conception ancienne de la charité qui oublie le devoir prioritaire de justice.

Or la mise en œuvre de l’enseignement social avec les quatre points que j’ai indiqués, c’est d’abord l’affirmation de leur liberté. Car la vraie liberté est de pouvoir choisir sa vie…

On voit bien comment, à partir des questions qui touchent l’ensemble de la société, la grille de lecture de l’enseignement social de l’Église permet d’intervenir assez systématiquement dans ces questions centrales de la société française, en posant des interrogations qui dérangent, qui créent la controverse. C’est aussi comme cela que les chrétiens font évoluer la société vers plus de fraternité.

François Soulage,

Extraits de l’intervention du président national du Secours catholique


Tags: religion   christianisme  
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