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Découvrir et comprendre

Face à la mort, avons-nous besoin de nouveaux rites ?

Publié le 14/01/2011

Dans un premier temps, Damien Le Guay s’est attaché à démontrer précisément ce qu’est le rite, du point de vue de la philosophie et de la sociologie. La perception de la mort, et sa place dans la vie familiale et sociale, ont beaucoup évolué : la mort est aujourd’hui occultée, rejetée, alors qu’elle était au cœur de la vie des villages… Depuis toujours vécue rituellement, la mort désormais refusée nécessite plus encore aujourd’hui une prise en charge rituelle. En effet, les rites ont pour fonction d’aider à vivre ce qui ne parvient pas à se dire, ce qui est au-dessus du tangible et du supportable... Qu’ils soient plus « thérapeutiques » ou plus « spirituels », les rites funéraires aident à traverser la douleur de la séparation et à accompagner le passage vers l’au-delà.

Dans sa résonance théologique, Michèle Clavier a bien insisté sur cette notion d’ « accompagnement », rappelant que c’est le sens même du mot « obsèques » : en suivant le cercueil en procession, on accompagne celui qui meurt vers « sa dernière demeure ». Mais pour bien comprendre le rôle des rites, caractéristiques de l’homme, il faut repartir de l’anthropologie biblique. L’un des principaux enseignements de celle-ci est l’humilité que l’homme (tiré de l’humus) doit garder : l’homme, créature de Dieu, est « fini », vulnérable, mortel. Cette finitude n’est pas, de soi, une sorte de handicap : elle ouvre au salut. La ritualisation de la vie (passages de l’existence, en particulier) provient sans doute beaucoup de cette nécessité de vivre avec la finitude…

Les rites chrétiens entourant la mort ont, certes évolué au cours des siècles, mais ont toujours voulu accompagner celui qui meurt en même temps que ceux qui sont dans la douleur de la séparation. Et si l’évolution principale porte, en réalité, sur la compréhension même du salut, ces rites ont toujours été basés sur une perception précise de la mort en tant qu’elle accomplit ce que le baptême a inauguré. Le baptême est une « nouvelle naissance » (Jn 3, 5), qui inaugure notre pèlerinage sur cette terre, et la mort est perçue comme « dies natalis », jour de la naissance au ciel, jour où prend fin notre pèlerinage terrestre. Cela explique que les grands symboles du baptême (vêtement blanc qui se fait linceul, eau, lumière) soient repris au moment de la célébration des funérailles. Au cœur de l’un et l’autre, le mystère pascal du Christ, mystère du passage de la mort à la Vie. Cela implique bien sûr que le rite soit bien célébré, avec justesse, beauté et sobriété, laissant résonner l’Évangile, Parole de vie, au cœur de chacun. Cela explique que l’Église tienne à la célébration en présence du corps, et demande donc que celle-ci précède l’incinération quand celle-ci est décidée. Enfin, cela permet de proposer l’espérance chrétienne à tout vivant : le Livre des Bénédictions, par exemple, offre bien des possibilités de temps de prière pour tous (y compris, moyennant adaptation, dans la pastorale des mourants de familles non pratiquantes…).

M. C.

Face à la mort, avons-nous besoin de nouveaux rites ?Pour les personnes en deuil, la demande de signe et de sens est plus forte que jamais.

Michèle Clavier, théologienne.

Damien Le Guay, philosophe, vice-président du Comité national d’éthique du funéraire.

 

A lire

• Damien Le Guay, La cité sans Dieu, Éditions Flammarion,  Paris, nov. 2010, 240 p.

• Dominique Jacquemin, Quand l’autre souffre. Éthique et spiritualité, coll. « donner raison », Lessius, Bruxelles, sept. 2010, 208 p.


Tags: éthique   mort  
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