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Maggy Barankiste, Docteur Honoris Causa

Publié le 30/09/2011

Chère Maggy, c’est avec beaucoup d’émotion que je vous salue ce soir. Nous avons fait connaissance l’an dernier lors de votre visite dans notre Université alors que vous étiez l’hôte de la ville de Lille à l’occasion d’une manifestation pour la promotion des droits de l’enfant. Il y a quelques années déjà, alors que j’étais vicaire épiscopal en charge de la région de Dunkerque, j’avais sur mon bureau un petit papieravec votre nom et je nourrissais le projet de vous inviter. J’avais eu écho de votre engagement aux côtés des enfants et du magnifique message d’espérance que vous délivriez depuis votre lointain Burundi, un pays qui m’était devenu proche depuis mes années de séminaire à Lille où notre promotion de 9 séminaristes comptait 2 burundais. Le Docteur Richard Matis, médecin de notre groupe hospitalier vous a rencontré à la maison Shalom, au cours d’une mission effectuée avec gynécologues sans frontières. Son enthousiasme a rencontré celui de Thérèse Lebrun, notre président-recteur et un double projet a grandi, celui de vous aider à développer les soins à la mère et à l’enfant d’une part, celui de vous honorer pour votre action en vous délivrant le titre de docteur honoris causa de notre Université.

Voici plusieurs années que celle-ci n’a pas délivré une telle distinction. C’est avec grande joie que nous le faisons aujourd’hui, en honorant à travers vous les femmes d’un continent qui nous est cher, l’Afrique, dont nous nous savons si proches par la langue et l’histoire, l’Afrique présente dans notre Université par bien des étudiants, mais aussi des enseignants et des membres du personnel administratif, comment ne pas citer ici Pierre N’Gahane, ancien doyen de la faculté libre de sciences économiques et maintenant préfet des Ardennes. L’Afrique avec laquelle nous entretenons des liens anciens depuis les sessions de médecine tropicale de la faculté de médecine ouvertes aux missionnaires, coopérants et acteurs de santé des pays du sud, jusqu’aux nombreux échanges actuels. Ces dernières années des colloques IDEAL aux semaines « l’Afrique à la Catho », nous avons entretenus la flamme de l’amour pour ce grand continent. Nous avons communié à ses souffrances, lorsque guerres, rivalités et injustices semaient tristesse et désespoir. Nous nous sommes émerveillés de son étonnante richesse culturelle, du formidable potentiel de résistance et l’extraordinaire capacité de relèvement de sa population. Bien des étudiants sont devenus des amis de l’Afrique au travers d’actions humanitaires ou de stages professionnels.

Ce soir nous honorons en vous Maggy à la fois une femme d’exception et une fille de l’Afrique dans ce qu’elle a de meilleur. Votre beauté, Maggy traduit la puissance de l’amour qui vous transfigure et vous donne cette énergie extraordinaire pour mener à bien des projets impossibles avec une simplicité déconcertante. Grâce à vous, des milliers d’enfants orphelins, abandonnés, blessés ont retrouvé santé et dignité. Grâce à vous, l’amour et la tendresse ont reconstruit des êtres que la haine et la violence avaient abîmés. Vous êtes une parabole vivante de la force qui se déploie dans la faiblesse, lorsque celle-ci se livre à Dieu dans une confiance inébranlable. Vous déplacez des montagnes, Maggy, avec une audace qui désarme les puissants, un entêtement qui a raison de tous les obstacles. Chez vous la faim de justice se conjugue à la douceur, la pureté du cœur à l’œuvre de paix, les larmes à la miséricorde. Les paroles de feu des Béatitudes et du Magnificat sont si bien ajustées au témoignage que vous donnez que je serais tenté de vous les appliquer sans restriction, si ce n’est en raison de la modestie et l’humilité qui vous caractérisent et que vous manifestez si volontiers dans un grand éclat de rire.

C’est à mon sens ce qui vous vaut aujourd’hui le titre de docteur délivré par la faculté de théologie de notre Université. Vous rayonnez si bien de la gloire de Dieu dont vous aimez rappeler qu’elle est notre vocation à tous, faisant écho à la parole de l’apôtre Paul dans la seconde épître aux Corinthiens : «  Nous tous qui le visage dévoilé, reflétons la gloire du Seigneur, nous sommes transfigurés en cette même image avec une gloire toujours plus grande, par le Seigneur, qui est l’Esprit. » Et l’apôtre de nous rappeler que «  là où est l’Esprit, là est la liberté. » (2Cor3,17-18)

Maggy, vous avez puisé tant aux sources vives de votre noble et riche culture de votre peuple qu’à la fontaine ecclésiale de l’Evangile. Au gré des événements et des rencontres, vous vous êtes laissé façonner par l’Esprit  au point de défier toutes les forces de mort ou de résignation. Au-delà des larmes et de la révolte, du doute et du désespoir, vous avez ressenti l’appel à servir Dieu dans les plus pauvres et à vous confier à la toute puissance de son amour. Vous illustrez à merveille la célèbre maxime de Saint Augustin : « Aime, et ce que tu veux, fais-le ! ». C’est l’amour qui vous donne force et audace, c’est l’amour qui guide vos décisions parfois au mépris de la sécurité. C’est l’amour encore qui vous permet de pardonner et d’inviter au pardon. C’est l’amour toujours qui vous entraîne dans l’allégresse et la joie communicative et vous permet de faire de chaque jour une fête !

Avec vous Maggy, la terre, la terre meurtrie du Burundi a un petit goût de Ciel. Et si certains vous nomment la folle de Ruyigi, d’autres au jour de Pentecôte estimaient que les croyants « étaient plein de vin doux ! » (Ac2,13 ).  Et l’apôtre, dans la première lettre aux Corinthiens, de qualifier de folie la prédication de la Croix, l’Evangile de grâce de l’amour désarmé et de conclure : « Ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes » (1Cor1,25). Elle est là, la sagesse qui nous permet de vous honorer du grade de docteur. Elle est là, dans cette folie qui consiste à croire en l’amour vainqueur, en l’amour qui guérit et relève, pardonne et ressuscite.  C’est cette sagesse de l’amour fou, Maggy qui vous permet de vivre pleinement et de donner la vie, vous, la maman aux milliers d’enfants. C’est « cet amour du Christ qui dépasse toute connaissance, (…) qui fortifie en vous l’être intérieur(…) et vous permet d’être comblée jusqu’à recevoir toute la plénitude de Dieu » pour reprendre les mots de l’épître aux Ephésiens (Eph3,14-19).

Maggy, Merci pour le témoignage que vous livrez avec tant de simplicité ! Merci pour la leçon magistrale que vous déployez au long des jours depuis plus de vingt ans ! Merci pour la limpidité de votre message et l’encouragement formidable que vous prodiguez à ceux que vous rencontrez ! Merci Maggy !

Pour toutes ces raisons, je vous demande, Madame le Recteur, de bien vouloir conférer à Marguerite Barankiste le titre de Docteur honoris causa de notre Université 

 

Père Docteur Bruno Cazin

Vice recteur - vice président

Vicaire épiscopal, médecin hématologue

 

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